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 L’Etat mise sur l’innovation de rupture pour réindustrialiser

Plus de 300 start-up ont été créées, et les levées de fonds ont atteint un niveau record

Vincent Fagot

Quel est le visage de la French Tech ? Un geek en train de coder en télétravail à Paris ou un ingénieur dans une usine en Lorraine ? A ses premières heures, la French Tech Nation avait parié sur le numérique, avec un certain succès. Des champions ont émergé avec des services grand public tels que Doctolib, spécialiste de la prise de rendez-vous médicaux, ou BlaBlaCar, dans le covoiturage.

Mais, depuis quatre ans, l’Etat mise sur un autre type de start-up pour développer cet écosystème : cap est mis sur des entreprises issues de la recherche fondamentale, capables de proposer des innovations de rupture dans des champs tels que l’alimentation, l’énergie, le spatial ou la souveraineté numérique, et de favoriser ainsi la réindustrialisation de la France…

Pour ce faire a été lancé en 2019 le plan Deeptech (doté à son démarrage de 3 milliards d’euros) par Bpifrance, le bras armé de l’Etat pour financer les start-up françaises. Objectif : créer 500 start-up par an d’ici à 2030 et 100 nouveaux sites industriels chaque année d’ici à 2025. Le but n’est pas encore atteint mais la trajectoire est positive.

« Donner un signal au marché »

En 2022, 320 start-up ont été créées, soit 27 % de plus qu’en 2021 et les levées de fonds ont atteint un montant record de 2,6 milliards d’euros. Selon les données établies par Bpifrance, publiées mardi 28 mars, cette nouvelle filière compte 50 000 emplois pour 1 800 acteurs et une trentaine d’entre eux emploie déjà plus de 250 salariés. Deux tiers de ces start-up sont localisées hors de l’Ile-de-France. En 2022, Afyren, acteur de la chimie verte, a ainsi inauguré son usine à Saint-Avold, en Moselle, tandis qu’Ynsect, spécialiste de protéines d’insectes, s’implante au nord d’Amiens. Et cinq premières licornes, ces start-up valorisées à près de 1 milliard d’euros, ont émergé : OVHCloud, Ledger, Owkin, Exotec, Shift Technology.

Fort de ces résultats, l’Etat renforce ses moyens pour soutenir ces jeunes pousses. Une partie du plan France 2030 annoncée en avril 2022 attribue à Bpifrance 2,3 milliards d’euros supplémentaires pour favoriser les start-up et PME industrielles. Le ministère de l’enseignement supérieur a débloqué au début de l’année une tranche de 500 millions d’euros à destination des pôles universitaires d’innovation qui doivent générer des projets entrepreneuriaux. Un fonds consacré à l’industrie a également été lancé fin 2022, doté de 350 millions d’euros, avec la perspective de participer à des levées de fonds allant jusqu’à 250 millions d’euros.

« Nous assumons d’avoir investi massivement » dans les start-up de la « deeptech », revendique Paul-François Fournier, directeur exécutif de Bpifrance, qui y voit « l’amorçage de la réindustrialisation de la France ». A ce jour, 50 % du portefeuille d’actions est constitué par des entreprises de ce secteur. « On est en avance de phase pour donner un signal au marché. Mais on a vocation à rester minoritaire, on souhaite que le financement privé prenne le relais. »

Le soutien de l’opérateur public est critique pour ces entreprises dont le financement est particulièrement compliqué, dans une période où le capital-risque se fait plus timide. M. Fournier ne cache pas des turbulences à venir : « Il y aura de la casse, ça fait partie des impondérables de l’écosystème de l’innovation. Mais l’objectif est de sauver le maximum de belles entreprises. »

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